Des roses et des larmes pour Paris

La vie doit continuer, la vie a repris son cours, ce sont les phrases que l’on entend partout. Mais c’est difficile de reprendre le fil après un tel choc, lorsque le temps est au deuil et au recueillement. C’est également difficile de se montrer courageux alors que la peur, prête à bondir au moindre signe d’alerte, tapisse le fond de notre ventre.

Le soir du drame, mes proches et moi-même qui fréquentons le 11 ème arrondissement et le Bataclan étions loin des tirs et en sécurité. Aucune de mes connaissances ne fait partie des victimes. Pourtant, depuis vendredi, je pleure toutes ces personnes tombées sous les balles comme s’il s’agissait de mes ami(e)s; mes 129 ami(e)s, avec qui je partageais au moins deux points communs : aimer refaire le monde en buvant des canons et me tortiller les fesses sur des bons riffs de guitare.

Mais la vie, le travail ont repris (trop tôt) et j’apprends à serrer les dents, à contenir mes larmes que certains trouveraient étranges. J’ai cherché du réconfort et je l’ai trouvé dans les hommages, soutiens, mots et cris d’amour sur la toile. Certains m’ont très émue, d’autres m’ont donnée du baume au coeur, fait rire et même les deux en même temps. Diantre, qu’est-ce que ça fait du bien ! 

A Paris, la résistance qui revendique haut et fort notre mode de vie s’est formée à coups de slogans “Je suis en terrasse”, “Je suis au Bistrot”…L’indignation, la tristesse, la colère, l’exaltation provoquée par cet élan de solidarité massive (l’année 2015 nous aura appris une nouvelle émotion) nous poussent à aller de l’avant, à ne rien lâcher, à s’aimer plus que jamais, pour nous, nos valeurs, notre liberté et pour la mémoire de celles et ceux qui ont quitté. C’est sans doute la meilleure façon de voir les choses et d’agir.
Néanmoins, face à une telle violence et à cette menace sournoise et invisible qui plane au-dessus de nous, je ne peux pas m’empêcher d’avoir peur : peur de me retrouver dans un lieu très fréquenté ou dans une salle sombre, des conséquences de cette guerre que j’ai n’ai pas souhaitée (enfin si, quelques minutes, lorsqu’il y a eu les premières frappes sur Raqqa, je me suis dit “yes, on va vous fumer vos gueules de sales fils de *****”, mais c’était sous le coup de la colère). Je n’ai pas honte de l’écrire, j’ai grave les miquettes et je crois que c’est tout à fait normal de ressentir une si forte inquiétude. Il me faudra plus de temps…Peut-être à vous aussi. Prenez-le.

amongtheanimals-des-roses-pour-parisJ’ai pris ces roses en photo en pensant à toutes ses vies parties trop tôt…

Cette photo de rosiers a été prise dans parc du Thabor à Rennes ce samedi 14 novembre. Nous avions choisi ce week-end là pour faire une escapade en amoureux et découvrir cette ville qu’on nous avait décrite comme “jolie à voir”.
La veille, nous étions chez nous, hébétés et terrifiés par la violence des événements diffusés en direct sur BFM TV. La boule au ventre, nous attentions la libération des personnes qui se trouvaient encore retenues dans le Bataclan.
Le lendemain matin de cette soirée surréaliste, nous avons pris la route, direction la Bretagne, en laissant derrière nous un bilan humain tragique.
Bien évidemment, le goût du voyage n’était pas au rendez-vous malgré le charme et la quiétude rassurante de Rennes. Nous nous sommes fondus parmi les rennais et attablés dans des restaurants animés tels deux zombies au milieu des vivants. La terreur du vendredi 13 ne semblait pas avoir affectée la bonne humeur des gens, là où, à Paris, le temps s’était arrêté. C’était bizarre comme sensation de flâner comme si tout allait bien alors que j’avais une irrépressible envie de rentrer chez moi pour me cacher, pleurer, communier et ressentir au plus près les vibrations de la solidarité et de l’union qui étaient en train de résonner.

Tremblante, mais plus que jamais,
Je suis française,
Je suis libre,
Je suis Paris.

Prenez bien soi de vous.

1ère photo © Laëtitia Cook Photographies

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4 Commentaires

  1. Quel bel article….
    Comme toi je ne connaissais aucune victime, mais j’ai tremblé quand même quand j’ai appris qu’un ami très cher habitait dans la rue à côté de la rue de Charronne… J’ai prié pour l’assaut au bataclan, qu’il n’y ait pas trop de victiimes, même si 1 seul victime est 1 victime de trop…. J’ai pleuré beaucoup. J’ai lu, j’ai écouté des témoignages, et en fait 1 semaine après je continue, j’arrive pas à m’en sortir….
    et j’ai peur terriblement pour mes enfants, pour notre façon de vivre, pour tout ce qui faisait que la vie était plus jolie, une sortie shopping, un voyage pour aller voir la famille, une sortie au parc d’attractions, une soirée concert avec les copines….
    je t’embrasse <3

    • Oui, c’est vraiment tendu. Il va nous falloir beaucoup de courage pour aller de l’avant et avoir de nouveau confiance. Bises.

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