Sensible à la souffrance animale ? En sommes-nous bien sûrs ?

Je voulais à mon tour m’exprimer sur le dernier fait de maltraitance animale médiatisé, celui de l’acte cruel de Farid de la Morlette. Réflexion sur notre compassion ou absence de compassion face à la souffrance animale.

Condamné à un an de prison ferme par le tribunal correctionnel pour avoir jeter un chaton contre un mur, tout en diffusant la vidéo de son acte sur Facebook tel un trophée de sadisme ou de connerie, le jeune méga connard, pour reprendre les mots d’Antoine de Caunes, n’aura pas eu la chance de bénéficier d’une justice passive et clémente. Précisons que la loi, selon le Code Pénal qui punit tout « acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité » à «deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende» est malheureusement peu appliquée.

Mais le sort du chaton Oscar a bouleversé des milliers de personnes ayant vu ou non la vidéo (je n’ai pas pu la regarder pour ma part), l’envol de signatures sur les pétitions d’indignation et en faveur d’une peine pour le bourreau, la récidive du jeune homme qui n’en été pas à son premier sale coup, ont eu gain de cause !

Comme tout le monde, j’ai été profondément choquée par cet exhibitionnisme sadique et sauvage. J’ai bien évidemment signé la pétition, suivi les infos à la télé, mais je suis restée silencieuse, à vrai dire, je n’ai pas ressenti le besoin d’exprimer de la colère. Peut-être parce que le jour où les animaux ne seront plus considérés comme des meubles en France n’est pas encore arrivé, parce que l’acte de Farid de la Morlette n’est pas un cas isolé…ou bien parce que la mort de 60 milliards d’animaux terrestres par an en France, auquel s’ajoute un nombre bien plus élevé d’animaux marins pour notre consommation de viande est tout aussi violente. Sachant que 80% de l’élevage en France est intensif, il faut se sortir tout de suite de la tête l’image d’une ferme heureuse.

Les animaux, traités de manière mécanique, le sont dans un seul but : le rendement. Ferme industrielle ou ferme traditionnelle, même si l’attention portée aux besoins fondamentaux des animaux est plus respectée dans cette dernière : la finalité reste la même. Les éleveurs qui auront fait le choix d’accorder une vie digne à leurs animaux, les livreront aux abattoirs, là où se côtoient animaux “bio” et animaux issus des élevages intensifs. La mort douce est une belle utopie puisque pour le goût de la viande soit meilleur et convienne aux consommateurs, les animaux ne sont pas morts avant d’être saignés, mais “anesthésiés”. Pour illustrer mon propos et ne pas rentrer dans des détails techniques, je vous conseille ce témoignage émouvant d’un employé d’abattoir (sans image choc, enfin ça reste un abattoir…) qui explique bien les procédés et pourquoi il a cessé son activité.

Je ne compare pas l’acte du connard cosmique à l’industrie de la viande, même si toutes les vidéos que j’ai pu voir sur les coulisses des fermes industrielles et des abattoirs me donnent aussi froid dans le dos que celle du pauvre Oscar percutant le mur (je me la suis imaginée). Je souligne le fait que l’indignation pour le chaton, suscitant des appels à meurtre à l’égard de Farid, c’est dire la réaction violente, a aussi sa place dans les abattoirs par rapport aux méthodes pratiquées.

Exhiber une violence gratuite n’est pas assimilable au geste des personnes travaillant dans les abattoirs qui résulte d’un savoir-faire et qui plus est est leur gagne-pain. Cependant, la souffrance animale est une réalité qu’on oublie facilement lorsqu’on est face à son assiette. Peu importe l’intention au final, celle de nuire, de faire un buzz, d’assouvir ses pulsions, ou de financer l’industrie de la viande pour quelques minutes de plaisir gustatif.

Comment peut-on être amoureux de la nature ou bien émerveillé devant celle-ci, la défendre, être moralement choqué par une violence exercée sur des petits êtres sans défense et cautionner une industrie qui tue un nombre vertigineux d’animaux ?

Si aujourd’hui l’information sur la sensibilité des animaux et les conditions d’élevages sont accessibles à tous, notamment grâce au formidable travail d’associations de protection animale (Animalter, L214…), aux reportages télévisuels (merci Arte et M6), à l’Internet,  pourquoi n’observe pas t’-on une révolution dans notre façon de consommer et de cuisiner ?

Pourquoi privilégions-nous les produits animaux alors que nous avons à notre disposition des ressources végétales (fruits, légumes, céréales, algues) et que le végétarisme/végétalisme est reconnu comme une alimentation saine et sans danger si l’équilibre des aliments est respecté (cf. interview du Dr Cazelles, généraliste “Tout est bénéfique dans l’alimentation végétarienne !»).

Pourquoi n’accordons-nous pas la même valeur aux différentes espèces alors qu’elles connaissent toutes la souffrance  ? Pourquoi sommes-nous arbitraire avec la vie alors que nous savons que notre rapport à l’animal dépend du lien que nous avons développé avec lui et varie ainsi selon les cultures/pays (animal de compagnie versus animal à viande) ?

Parce qu’il paraît impossible de changer ses habitudes et difficile de renoncer à tout jamais au plaisir de manger. Alors oui, il est difficile de dire au revoir à des petits plats chargés d’histoire, mais c’est un choix. Un bon choix, celui qui vous apportera une nouvelle connexion avec la nature, un sentiment de bien-être et donnera un vrai sens au sentiment d’amour des animaux. Les végéta*iens ont fait ce choix, or, eux aussi aimaient la viande, malgré tout,  ils ont réussi à la refuser.

En revanche, changer ses habitudes n’est pas impossible. C’est comme devoir apprendre une langue étrangère à trente ans ou arrêter de fumer après 15 ans d’addiction, il faut juste se sortir les doigts du … et préparer le changement en douceur, à son rythme, en se documentant, en accueillant une cuisine végétale dans son quotidien, petit à petit.

Vidéo de Bambi so cute pour illustrer ô combien la nature est belle et précieuse.

Ce sujet vous a interpelé ? Pour continuer la réflexion, je vous invite à lire l’interview de Thomas Lepeltier, auteur de “La révolution végétarienne”, réalisée par Elise Desaulniers.

Photo : œuvre de Pawel Kuczynski

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23 Commentaires

  1. tu es plus agacée que d’habitude mais tu as bien raison… On s’insurge sur certaines choses sans se remettre en question non plus… ça en dit long sur nos capacités…

    • Hahaha oui ! Parce que ça fait longtemps que je ruminais cette réflexion ! Maintenant, je me sens beaucoup mieux. A défaut que les gens changent leurs habitudes, si on peut les faire réfléchir à la relation qu’ils ont avec les animaux et au paradoxe de l’assiette, c’est déjà pas mal !

  2. Je me tourne de plus en plus vers le végétal même si c’est loin de plaire à mon entourage et en particulier à mon copain. Lorsque je suis invitée ou au resto quelques fois je mange de la viande ou du poisson mais chez moi c’est terminé.

    Pour les oeufs je les prends bio, dans la plus grande naïveté je n’ai pas imaginé qu’ils pratiquaient le sexage et l’épointage. Depuis que j’ai vu un documentaire sur le sujet j’en mange beaucoup moins.

    C’est vrai que c’est difficile de changer son alimentation surtout lorsqu’on est la seule à le faire dans son entourage. Personnellement je suis très limitée au niveau des repas parce que je ne sais pas cuisiner ^_^ ! si tu avais quelques sites/ blog pour se “nourrir correctement” je suis preneuse :-).

    Bisou

    • Comme je te comprends ! Je suis aussi passée par là ! C’est bien que tu te “végétalises” progressivement parce que bien manger c’est important et il faut avant connaitre le régime végéta*ien avant de le suivre à 100%. Pour ton entourage, ne te fais pas de souci, ils vont s’habituer, surtout quand tu deviendras à l’aise et que tu leur feras goûter de bons petits plats. On dit que ce type de régime coupe le lien social, je ne pense que ce soit vrai. En tout cas, cela n’a rien changé pour moi, à part que je ne fréquente plus les mêmes restos. Il y a plein de blogs de cuisine vg/vegan (dont certains sont dans ma blogroll), sinon tu peux aller sur http://vegemiam.fr/, un site qui recense des recettes de blogs. A bientôt ! Bisous

  3. Etant vegan, je ne peux que partager ton avis. Espérons que cela en aura au moins fait réfléchir certains sur le spécisme de notre société… ;)

  4. Ton article reflète bien ce que je pense par rapport à cette histoire… sur un forum j’ai même tenté d’expliquer ça aux gens résultats :
    – mon post a été décrit comme “agressif” donc moi comprise comme agressive
    – propos abérants comme je les attendais
    – au final, suppression du sujet

    Voilà …
    Donc j’étais très aigrie… C’est totalement fou ces réactions ! C’est vrai qu’on se sent seule parfois dans ce combat comme dit Stéphanie. J’ai trouvé du réconfort dans des blogs comme le tien et sur Vegedia, un réseau social très actifs de végé !

    Bisous,
    Hâte de lire ton prochain article !

    • Merci Emmy de repasser par ici ! Je pense qu’il faut considérer que ce sujet, celui de l’alimentation est très sensible, la preuve c’est qu’il est perçu comme une agression. Quand j’étais omnivore, j’étais très attentive aux discours des végétariens, je ne l’ai jamais rejeté mais j’avais très mal parce que j’avais envie d’être comme eux, je connaissais les conditions de traitement des animaux sans pouvoir sauter le pas. Je me sentais impuissante et passive. Avec le recul, j’associe mon ressenti à un mélange de peur et d’ignorance. C’est toujours difficile de faire de la sensibilisation, c’est pourquoi, le meilleur moyen d’y parvenir, c’est d’exposer les solutions qui existent, les présenter comme étant une chance !

  5. Bravo !!
    depuis le temps que je le dis… et les réactions que l’on suscite, totalement hallucinantes. On se moque de moi, on me sert du “et les carottes, elles souffrent aussi, nan ?”…
    Bref… Contente de lire cela, je suis végétarienne, “l’herbivore” de service, à tendance végétalienne (je réduis le lait de vache, liquide ou dans les yaourts, le fromage…)… J’espère voir des congénères toujours plus nombreux, alors que j’aimais beaucoup la viande… Donc oui, c’est possible, au début c’était un effort, aujourd’hui, c’est une évidence.,.!
    Moi j’ai beaucoup aimé “no steack” d’Aymeric Caron…
    :)

    • Merci May !
      Je suis désolée d’apprendre que tu sois confrontée à ce type de réflexions, mais j’ai une EXCELLENTE nouvelle : oui, les végéta*iens sont de plus en plus nombreux.
      Je n’ai pas lu no steak, même si j’apprécie l’auteur, d’ailleurs est-ce qu’il est intéressant de le lire quand on est vg ? On apprend des choses ?

  6. À croire qu’il y a des animaux qui méritent plus d’être défendus que d’autres… Ça me débecte tellement même si je suis contente que ce charmant jeune homme ait pris de la prison ferme !

    Ton article est nécessaire, ça fait du bien de te lire, je me sens moins seule <3

    Si je suis devenue végé c'est grâce à mes chiens que j'aime et que je considère comme ma famille ! À ce moment je me suis dit que je ne pouvais plus manger les animaux quels qu'ils soient ! La vie d'une vache n'est pas moins importante que celles de nos animaux de compagnie !

    J'ai mis une phrase de Peter Singer à la fin de mon avant dernier article de mon blog, tu devrais apprécier ^_^

    • Ne t’en fais pas, on est de plus en plus nombreux ! C’est d’ailleurs une immense joie de voir autour de moi plus en plus de personnes qui s’intéressent à manger différemment. Je ne connaissais pas cette phrase de Peter Singer ! Merci ! Bises à toi et à tes deux loulous !

  7. BRAVO pour ton article ! Tu dis tout ce que je pense et que je dis à tout le monde dès que je peux. S’il y a bien un truc qui m’agace c’est hiérarchiser les animaux. Un être vivant est un être vivant, point.

  8. N’oublions pas que l’homme est omnivore… depuis la nuit des temps.
    Ce qui serait surtout souhaitable, c’est que l’animal, même avec la finalité d’être exploité (en viande entre autre) soit totalement respecté. Ma grand mère, qui vivait au fin fond de la montagne en 1930/40 m’a toujours dit et répété que l’homme et l’animal sont totalement liés, et depuis toujours. Eux par exemple, dépendaient complètement des animaux en hiver (neige, froid, isolement total), et c’était réciproque, ce qui entraine un immense respect de l’animal. Même s’il finit dans une assiette; on le respecte aussi parce qu’il nous permet de nous nourrir. Jamais jamais elle n’aurait toléré qu’on joue ou qu’on fasse mal à un animal, quelqu’il soit, tellement l’animal est, j’allais dire sacré, disons plutôt très estimé…

    Ne pas oublier aussi que les élevages intensifs sont là pour permettre à des gens d’acheter un poulet à 2€ (et non pas à plus de 15 quand on l’achète dans une ferme où il a vécu dehors à la recherche de vers de terre).
    Comme tout, je pense qu’il faut être raisonné, intelligent, respectueux. Je suis omnivore, mais le respect de l’animal est essentiel (quelque soit l’animal). Je ne parle que de consommation, pas de ‘décoration’ type fourrures, tapis et autres animaux trophées où là, on parle clairement de sauvagerie. Idem pour le fait de ridiculiser un animal, où aller contre sa nature est tout autant de la maltraitance (et je ne parle pas des oiseaux en cage, des cirques et autres joyeusetés).
    Ma dernière phrase sera pour ma belle soeur intégriste végétarienne qui…porte des chaussures en cuir, des sacs en cuir et mange du fromage ….elle ne se rappelle pas d’où provient le cuir probablement ou comment est fait le fromage (et je ne parle pas du lait).

    • L’homme n’a pas toujours été omnivore, les premiers descendants des primates étant frugivore. L’homme est devenu omnivore par la suite, il a évolué naturellement pour sa propre survie. Le terme omnivore signifie que notre organisme peut assimiler des nutriments tirés de sources végétales et animales. Nous n’avons donc pas la nécessité, ni le devoir de manger de la viande, mais la capacité de le faire. Idem pour les végétaux. J’ai voulu exprimer sur la morale, l’éthique, le choix auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. Bien évidemment, le fond du problème n’est pas de manger des animaux mais de manger les animaux tels qu’ils sont produits et les méthodes cruelles que nous finançons sans forcément y prêter attention, alors qu’on porte un culte à nos animaux de compagnie. Si je vivais chez les inuits et s’ils m’invitaient à leur table, sans doute que je partagerai le même repas, car le respect des animaux qu’ont les anciens et certains peuples n’a rien à voir avec celui qu’on porte à nos animaux-objets-rendement.
      Moi, je lancerai à ta belle soeur que l’essentiel, c’est d’aller à son rythme et c’est déjà chouette de végétaliser sa vie ! Qui va piano, va sano.

  9. Pingback: Whatever Works » Blog Archive Links I Love #1

  10. Je ne connaissais pas ton blog avant une quinzaine de minute, et là, maintenant, j’adhère totalement avec ce que tu as dit. La réaction à la violence de ce “méga connard” m’a fait doucement sourire, quand les gens m’en parlent avec une tartine de foie gras dans la bouche. Et toujours en me disant que c’est bien que je ne mange pas de viande, mais qu’eux ils pourraient pas “parce que c’est bon quand même.”
    Bien sûr que c’est bon, c’est pour ça que je tente tous les substitut de poulet que je trouve !

    Et pitié qu’on arrête de me dire qu’au moins j’ai un régime sain et équilibré. Parque, point 1, absolument pas, je peux me bourrer de gâteau vegan si j’veux, c’est juste que je le fait pas. Et, point 2, je m’en fout de manger sainement, c’est pas mon but principale en tant que végé. Argh.

    • Les raisons qui poussent à devenir végéta*ien sont nombreuses ! Mais quelque soit le régime alimentaire, c’est quand même important de manger équilibré ;-)

  11. ma mère me racontait que mon arrière grand mère tuait des chatons de portée en les endormant avec de l’ether (elle a par ailleurs accueilli une quinzaine de chats chez elle au cours de sa vie, a raison d’un ou deux a la fois)mais que dans les années 60 il etait très frequent de les balancer contre un mur pour s’en debarasser.
    je vais peut etre faire un syllogisme mais voir que des gens ont traité ce type indique peut etre que les gens commencent à prendre conscience que certaines choses ne se font pas quelqu’en soit l’excuse et oter la vie ou torturer en fait partie

    les consciences mettent du temps a s’eveiller mais elle s’eveillent. dites aux gens ce qu’il doivent faire et ils ne le feront pas. Je crois a la revolution douce cad agis en accord avec toi meme et si les gens autour de toi sentent que c’est juste ils s’y mettront aussi. J’ai des exemples petits mais qui me l’ont prouvé sur des changements alimentaires

    Je suis egalement d’accord sur la question de l’elevage intensif (bio ou non bio) et des abattoirs et suis notamment vegetarienne a cause de cela mais aussi parce que je n’ai jamais aimé la viande vs “Les végéta*iens ont fait ce choix, or, eux aussi aimaient la viande”.
    Mon passage au vegetarisme ne m’a pas donc guere couté car je consommais deja tres peu de chair animale avant, enfin a partir du moment ou j’ai pu choisir mon mode d’alimentation.

    Par contre, je continue de mettre des chaussures et des sacs en cuir en essayant de ne pas y penser car les alternatives ne me sentent pas toujours tops ou trop cheres (cf les sacs stella mc cartney)

    un bouquin que j’avais trouvé plutot bien: bidoche, l’industrie de la viande
    http://fabrice-nicolino.com/index.php/?p=656

  12. Pingback: Anonyme

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